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25 fév 2010, 5:20:05

L’athlète BD Andy Houseman réussi la première ascension de la face nord du Chang Himal au Népal

Andy Houseman, athlète BD, est récemment rentré après l'ascension (avec Nick Bullock) de la face nord du Chang Himal (aka Wedge Peak, 6750m) dans le Kanchenjunga Himal, l'une des perles encore vierges du Népal. Voici l'email et les photos qu'il nous a envoyé. Félicitation à Andy et Nick pour leur réussite !


De: Andy Houseman
Objet: Chang Himal
Date: 12 novembre 2009 10:49

De retour de Katmandou la nuit dernière.
Quel voyage ! Nous avons réussi la première ascension de la face nord du Chang Himal d'une longueur de 1800 m ! Une magnifique voie sur une montagne étonnante. Voici quelques infos et des photos.
Nous avons grimpé en cinq jours du 29 octobre au 2 novembre, atteignant le sommet à midi le 1er. Le crux de la voie était la traversée d'une bande de rochers juste au dessus de la moitié de l'ascension. Nous étions plutôt lents au deuxième jour avec seulement six longueurs (jusqu'à M6) et cette zone de rochers était plus raide qu'il n'y paraissait, d'autant que les conditions sur la plupart de la voie étaient pourries par un mélange de glace et de neige. Les relais prenaient un temps fou à être installés et le rocher n'était pas très bon là-haut.
Le quatrième jour nous avons grimpé des formations de flute de neige de 60 à 70 degrés pendant 200 m pour atteindre l'arête sommitale vers 6700 m, avec une zone neigeuse de 45° menant directement au sommet. Nous sommes retournés au dernier bivouac, en désescladant et avec un rappel vers 15h30. Nous avons décidé de rester et de poursuivre la descente le lendemain, ce qui nous a pris 14 heures.
Merci pour votre soutien et à bientôt !


Andy

 

[La semaine suivante, Andy nous a envoyé un texte décrivant plus en détail son ascension. Le voici.]

Impossible de manquer l'énorme face nord du Chang Himal (6802 m) en se réveillant chaque matin au camp de base, à 1 km derrière un chaos de glacier et de moraines. Notre cuisinier "Buddy", n'était pas très rassuré après avoir été témoin de notre incapacité à atteindre deux bosses de 6000 m et nos deux tentatives pour atteindre un sommet de trekking local à cause "d'erreurs d'itinéraires". Malgré cela, nous atteignons la partie basse de la face à l'aube du 29 octobre tout en combattant les premiers signes de giardia... timing impeccable...

changNous avons passé 5 jours dans la face, à monter et descendre le Central Spur, avalant 2000 m de rochers et heureusement, après une journée où nous nous sommes sentis très faibles, le giardia a quitté nos intestins. A 2h30 du matin nous quittons une petite grotte au pied de la face et passons le plus vite possible en solo un cône de neige, conscients des séracs qui nous menaçent plus haut. En allant vers la gauche et la sécurité relative des flancs du Central Spur, nous suivons une pente plus raide et des ruisseaux pour rejoindre la crête juste sous la cote 6000. Nick regarde la première longueur : de la neige raide et de la glace pourrie collée au rocher (ce qui sera la norme pour la suite de la voie) mènent à un champ de neige, que nous traversons encordés. Notre bivouac est installé sur la crête.

Le lendemain matin, nous quittons le bivouac pour une section plus raide qu'il nous avait semblé d'abord. Nous la grimpons sans protection et cherchons longuement un relais. Nous sommes au crux. Nick choisi l'une des trois lignes possibles au-dessus de nous et part dans un dülfer peu profond mais raide. Je suis et mes bras hurlent de douleur alors que je cherche un névé ou de la glace où planter mes pointes de piolets et passer ce surplomb pourri. Les quatre longueurs suivantes sont moins raides mais tout aussi lentes. Nous les passons à déterrer du matériel et des relais dans le granit délité. Nous nous posons finalement pour nuit peu confortable sur une toute petite terrasse taillée dans la pente neigeuse, espérant que la progression sera plus rapide demain.

Nous avançons ensemble au matin sur une rampe large et penchée vers la droite. Elle nous emmène sur le mur final qui donne accès aux flutes de neige menant au sommet. Nick grimpe une longue traversée sur la droite, sous un mamelon rocheux, puis je passe un ressaut rocheux pour me retrouver au pied des flutes. Nous installons le meilleur bivouac de cette ascension et, au réveil le matin, nous nous demandons quand même si nous n'avons pas grimpé jusqu'à une impasse. Nick va jeter un oeil derrière la flute et revient avec un grand sourire. Nous laissons tout le matériel au bivouac pour passer la flute, traverser sans protection 200 mètres de neige raide qui nous mène à l'arête est et aux derniers 100 m qui nous ouvrent le sommet, effilé comme une lame de rasoir. Il est juste après midi.

changAprès avoir savouré le sommet et la spectaculaire vue sur le Kanchenjunga Himal pendant une demie-heure, nous redescendons à notre bivouac pour l'atteindre en fin d'après-midi. Nous restons là pour la nuit en élargissant la terrasse. Nous passons une nuit glaciale et redescendons ensuite pendant 14 heures avec un nombre incalculable de rappels jusqu'à rejoindre la petite grotte au pied de la face.

Grimper dans le Kanchenjunga Himal est une expérience incroyable : calme et reculé, entouré de sommets comme le Jannu et le Dromo avec le Kanchenjunga, troisième plus haute montagne qui domine. Ceci dit, c'est toujours agréable de quitter son camp de base deux semaines plus tôt que prévu avec un beau sommet à son actif !

Central Spur, Face nord Chang Himal, 1800m, ED+ M6. (Bullock & Houseman 29/10/09 - 02/11/09)

Photos