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26 Mar 2010, 12:00:00

L'athlète BD Neil Gresham raconte Kalymnos, paradis de la grimpe

greshamLe monde de la grimpe me semble plus grand que jamais et je suis débordé par ces listes interminables de lieux auxquels s'ajoutent toujours de nouvelles et tentantes destinations. Alors pourquoi est-ce que je me retrouve invariablement dans le paradis grec de l'île de Kalymnos chaque année ? L'explication tient probablement dans le mot "paradis". Kalymnos est l'endroit qui satisfait les rêves de grimpeur les plus fous. Les falaises ne peuvent être décrites qu'accompagnées de l'adjectif "parfaites", avec ces grottes couvertes de tuff orange tout près de faces grises en quantité illimitée. Il y a également un sentiment de vacances particulier : pas besoin de voiture, on peut simplement marcher jusqu'à la falaise, puis revenir à la plage, sauter dans la piscine de l'hôtel, se relaxer avec une bière et aller en ville pour un apéro grec dans l'une des taverne du front de mer. Si vous trouvez un meilleur endroit que Kalymnos, dites-le moi !

L'une des raisons qui m'ont attiré ici au cours de ces dix dernières années est le potentiel d'ouverture de nouvelles voies. Bien que mes voies soient très loin de ce qui se fait de mieux aujourd'hui, je pense que je sais reconnaître une "King Line"... et même si mes découvertes sont plus modestes que celles de Monsieur Sharma... Mon défi est de trouver une voie qui restera dans les mémoires, la cotation étant une donnée secondaire. Je me suis également fait plaisir en donnant des idées à des amis : un 8b+ qui a amusé Steve McClure un après-midi (et qui est devenu "O Draconian Devil") ou un 3+ à Odyssey auquel un ami à moi qui venait de commencer la grimpe s'est mesuré ! Le meilleur moment pour moi fut quand je suis tombé sur l'amphithéâtre de Kalydna en 2005 : un rocher vierge et énorme. Je n'arrivais pas à croire que l'enchainement de tuff proéminent au milieu n'avait jamais été grimpé ! J'étais si pressé que je n'arrivais pas à planter mes pitons assez vite ! "Aurora", puisque c'est ainsi que j'ai baptisé la voie, est aussi intéressante que n'importe quel 8a dans le monde... mais tous les ouvreurs parlent probablement comme cela !

Les récompenses sont nombreuses pour ceux qui prennent le temps d'ouvrir de nouvelles voies. Je m'étonne souvent de voir aussi peu de grimpeurs équipés d'une perceuse à Kalymnos. Mais j'imagine que la plupart viennent pour des vacances et il n'y a rien de reposant à se traîner un sac à dos de 30 kg dans un éboulis brûlé par le soleil ! Et puis il y a aussi la question de bien identifier le sommet des voies, les inévitables aventures à la redescente en rappel, avec les cordes qui se prennent dans les rochers pointus et la végétation au sommet. Pire : il y a les rochers qui se décrochent et les grimpeurs énervés. Il n'y a pas de règles simples, il suffit d'essayer de travailler pendant une période calme, de s'éloigner des grands stalactites... mais inévitablement on va rencontrer des morceaux instables avec les conséquences que cela peut avoir. Le principal problème est de savoir quand s'arrêter. Un endroit comme Kalymnos a vraiment besoin de nouvelles voies et certaines zones vierges sur des couennes très populaires ne demandent qu'à être ouvertes, mais il est important de savoir quand un spot a rempli ses promesses.

Etrangement, pendant ces deux dernières années, je n'ai pas repéré de lignes intéressantes. Je me suis demandé si, finalement, Kalymnos n'avait pas été entièrement exploré. J'ai donc décidé de laisser la perceuse à la maison pour mon voyage de novembre et, bien sûr, l'impossible est arrivé ! Les lignes apparaissaient devant mes yeux comme par magie, j'ai du emprunter une perceuse et me mettre au travail comme un acharné ! Mes premières ouvertures étaient deux extensions dans le secteur Spartacus : un 7b+ au dessus du 6c très populaire, "Les Amazones", que j'ai appelé "Ares", puis un 8a dingue au-dessus de Monbatcha que j'ai baptisé "Chameleon". Le nom reflétait le fait que le rocher changeait de couleur et que nous étions passé ici pendant dix ans sans jamais voir la ligne. La photo au-dessus et les deux dessous ont été prises dans "Chameleon"). Ensuite, tout près, j'ai ajouté "The Shield" (7b+), une voie technique, tout en doigts et bien verticale, qui offre un contraste avec les grosses prises habituelles de Kalymnos. Après cela, j'ai repéré un autre manque évidentsur le côté gauche de la grotte centrale à Jurassic Park. Raptor (8a) s'élève à travers le terrain sublime et mouvementé de tuffs, et c'est un signe des temps que cette nouvelle voie a été répétée deux fois à vue par des grimpeurs Français quelques heures après la première. Mon plus grand plaisir est de les voir sourire en redescendant sur leur corde et cela résume pour moi tout ce que l'ouverture de nouvelles voies représente.

greshamMa dernière offrande à Kalymnos fut une ligne à Iliada que j'avais repéré depuis un moment. Il y a une grande grotte au milieu du rocher avec une ligne évidente au milieu. J'étais un peu attristé de réaliser qu'elle avait déjà été grimpée jusqu'à un point au hasard au milieu du toit, cotée 7b+ et appelée "Dollonas". Je n'ai pas de problèmes avec des voies qu'on stoppe avant la fin mais dans ce cas précis, cela gâchait la ligne, ce qui est un peu comme redescendre à mi-chemin d'une classique comme "La Rose", "Le Vampire" ou "Punks in the Gym". Je n'avais pas pris la peine d'imaginer une extension car cela me paraissait trop difficile, mais cette année je ne pouvais pas résister. Je fus surpris de constater que "Valley of the Dolls" faisait un 8B bloc, un niveau que beaucoup peuvent grimper aujourd'hui. Cela prouve que les yeux et l'instinct peuvent parfois vous laisser tomber et que c'est souvent payant de garder l'esprit ouvert.

Alors, quelle est la prochaine étape à Kalymnos ? Est-ce la fin ? Au contraire, j'ai l'impression de commencer. Pour tout vous dire, je suis sur le point de prendre l'avion pour terminer une ouverture... mais je crois que je manque de temps pour vous la raconter ! Si vous allez à Kalymnos et que vous arrivez avant moi, s'il vous plaît ne vous approchez pas de cette voie surplombante qui n'est pas dans les topos. Vous la reconnaîtrez quand vous la verrez !

- Neil Gresham


 

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