LE CHEMIN DE LA RÉSISTANCE : Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson tentent la première ascension de la voie en libre la plus difficile d’El Cap
Quand un rocher est-il trop dur à grimper, les prises trop petites, les fissures trop étroites? Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson ont repoussé les limites cet automne en passant près de deux mois à ouvrir une voie sur la face sud est d'El Capitan. Une ligne de 900 mètres qui est vraisemblablement le big wall d'escalade libre le plus difficile au monde, incroyablement exigeant avec plusieurs longueurs en 5.14.
Voici le texte que Caldwell a écrit pour notre catalogue Free Climbing 2010, avec un focus sur le matériel utilisé lors de cette tentative ainsi que des photos exclusives de Tim Kemple.
Pour recevoir un exemplaire gratuit de notre catalogue Free Climbing 2010, envoyez un email au service client climb@blackdiamond.eu ou téléchargez-le en format PDF ici.
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Le Chemin de la résistance
Tommy Caldwell
Une sensation sinistre entoure ma minuscule maison isolée à deux mille pieds de haut. C'est ma troisième journée d'hiver seul au milieu d'El Cap. Ces deux derniers matins, j'ai été réveillé tôt par la chaleur du soleil atteignant mon campement suspendu. Un court moment de confort est vite suivi d'inquiétude quand je vois la glace qui s'est formée pendant la nuit commencer à fondre sur le mur au dessus de moi et à me bombarder. Je ferme mon portaledge et glisse ma tête à l'intérieur du sac de couchage dans une tentative pour échapper à cette effrayante exposition, au vent glacial et au risque de chute de gros morceaux de glace. La voie que j'ai choisie n'est pas de tout repos mais je n'ai que faire d'une vie tranquille. Alors je repense à ces super projets pour me pousser et m'inciter à avancer.
Je réalise pleinement qu'il est très ambitieux de vouloir grimper en libre le Dawn Wall d'El Capitan. Des centaines de mètres de granite blanc - sans ligne franche à suivre. Grimper en libre ce Dawn wall c'est clairement repousser les limites de ce qu'il est possible de faire en escalade de grandes voies. J'ai passé une partie de ces deux dernières années à grimper seul ou à descendre en rappel depuis le haut pour chercher et tester les mouvements. Avec cette voie, j'essaye de forcer un passage et la perspective de relier entre elles au moins sept longueurs de 5,14 à 5,14+ et dix autres en 5,13 est intimidante. J'ai déjà abandonné plusieurs fois, inquiet à l'idée de gaspiller mon temps et ma vie à rechercher quelque chose qui est hors de ma portée ou qui n'existe pas. Mais j'ai tant investi et je suis incapable de résister à l'incroyable attraction d'El Cap. Aujourd'hui, après deux ans et demi, je crois avoir enfin trouvé la voie et exécuté tous les mouvements. Mais l'aventure est loin d'être terminée.
Assis chez moi pendant la saison morte, je me rappelle l'excitation d'avoir passé ce dyno latéral de huit pieds pour la première fois ou d'avoir trouvé cette ligne improbable pour joindre une section alors que j'étais sûr que ce serait impossible.
Frappé par ce souvenir, je vais dans la salle poussiéreuse de mon hangar de 600 pieds pour enchainer des tractions du bout des doigts et autres jusqu'à ce que mes muscles n'en puissent plus. Je sais que pour libérer ce graal sacré sur El Cap. je devrai m'entrainer et supporter encore plus dur. J'enfile mes chaussures de jogging et regarde le thermomètre extérieur. Il indique 10 degrés Fahrenheit. Quand que je mets le nez dehors, je prends une rafale de vent à 50 nœuds en pleine face. Je commence à courir en baissant la tête.







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