TRIGLAV EN HIVER: VRAIMENT BESTIAL — Marko Prezelj sur l’alpinisme Slovène
Marko Prezelj déteste ce qu'il appelle le "tasty talk". Le bavardage, pour lui, c'est de la merde. Marko ne veut pas entendre de superlatifs ou autres blablas qui ne font que le déranger quand il grimpe. Cet alpiniste spécialiste du Coeur des Alpes slovènes est extrêmement sérieux dans sa grimpe comme dans le choix de son équipement. Un peu austère ? Pour les non initiés ou ceux qui ne le connaissent pas, peut être - mais, pour Marko, il n'y a pas d'autre voie.
Nous avons consacré notre brochure alpinisme 2010-2011 à l'ascension hivernale par Marko et son compatriote Luka Lindic de la fameuse face nord du Triglav Slovène parce que cela mettait en lumière sa philosophie qui n'est pas dénuée de sens, philosophie que nous partageons passionnément avec lui dans le design et la fabrication de chaque pièce de l'équipement d'alpinisme que nous produisons. Oublions les babioles, gadgets et autres trucs -Marko n'en a que faire et nous non plus.
Depuis plus de 25 ans, nous nous concentrons sur le développement et la fabrication du matériel le plus innovant, solide et léger possible, en utilisant l'acier inoxydable pour les crampons, la fibre de carbone et l'hydroformage pour les piolets, ou encore en augmentant de façon significative l'efficacité énergétique et la puissance d'éclairage en lumens de nos frontales. Zéro bavardage, 100% efficacité. Pourquoi? Parce que ce matériel porte notre nom et qu'on ne fait pas de la merde. Un peu austère ? Pour les non-initiés et ceux qui ne connaissent pas, peut être- mais pour nous, chez Black Diamond, il n'y a pas d'autre voie.
Voici ci-dessous le récit que Marko a écrit pour notre brochure alpinisme 2010-2011, accompagné de quelques excellentes photos que lui et Lindic ont prises durant leur ascension. Si vous souhaitez recevoir notre brochure alpinisme 2010-2011, vous pouvez la demander par email à notre service client sur climb@blackdiamond.eu et ils vous en enverront un exemplaire le plus vite possible.

TRIGLAV EN HIVER: VRAIEMENT BESTIAL
Par Marko Prezelj
Grimper l'hiver en Slovénie est attirant. Le public n'a pas une haute estime de l'escalade hivernale ici -une bonne raison de motivation pour tous les alpinistes qui veulent grimper loin des foules. Luka, un jeune alpiniste Slovène de 22 ans avec qui j'ai partagé quelques moments mémorables en montagne, était heureux de se joindre à un vieil homme de 45 ans pour une bonne ascension hivernale sur le Triglav. Véritable mythe et symbole à la fois (il figure sur les pièces de 50-cents d'Euro et sur l'emblème national Slovène), le Triglav est une véritable bête pour les alpinistes, c'était donc le choix évident. Les Slovènes parlent de la face nord du Triglav comme de "La Paroi"-la seule qui mérite une majuscule en Slovène. Le relief varié et rocheux de La Paroi recèle plus d'une centaine de voies et variantes; il fait plus de 1 000 mètres de haut sur plus de trois kilomètres de large. En hiver, la réputation comme la dimension de la paroi, la mettent à l'abri des assauts des conquérants modernes.
Quand nous avons commencé à nous équiper avec notre matériel et un appareil photo compact au pied de la face, j'ai titillé Luka avec la question provocante, à savoir si nous partions pour "vivre un moment" ou pour "capturer un moment"... dilemme classique dans l'alpinisme moderne. Un appareil photo agit souvent comme une sorte de partenaire de grimpe, dictant le rythme et affectant l'expérience en général. Luka s'est contenté de sourire sans autre commentaire. Là où les autres bavardent, il est précieux de savoir en dire assez en restant silencieux.

Nous avons décidé de démarrer sur la grande classique Skalaska car les conditions variables ne se prêtaient pas aux autres options plus ambitieuses. Après les deux premières longueurs, j'ai voulu poursuivre l'ascension par une variante directe verticale. Quoi qu'il en soit, mes intentions ont été contrées par une dérive permanente. Après un passage d'escalade mixte épicée, nous sommes revenus sur la voie d'origine et avons atteint une tour proéminente au milieu de la paroi. Après trois autres longueurs d'escalade mixte bien raide, la nuit nous a rattrapés. Je connaissais un bon site pour bivouaquer et nous avons traversé dans une crevasse entre le rocher et la neige.
Un sommeil réparateur nous a permis de nous préparer pour notre seconde journée d'ascension. Le démarrage avait l'air assez effrayant. Luka a exprimé sa préoccupation... doutant que nous puissions grimper le surplomb en dessous du couloir de sortie. Quand à moi, au moment de démarrer, je me disais "Pourquoi ne pas essayer?". Nous avons d'abord dû nettoyer un peu la neige avant d'apprécier chacun des délicats mouvements. J'ai envoyé mes piolets sur le surplomb pour me hisser et j'ai repéré un rocher touffu au milieu d'une zone raide. Une fois plus près, j'ai réalisé qu'il s'agissait du museau d'une souris, gelée dans la neige. Alors que je grimpais, je n'ai pas cessé de me demander comment cette créature avait pu atterrir là et quel instinct lui permettait de croire qu'elle survivrait à l'hiver dans un tel endroit. Les mystères de la nature sont une part importante de la passion qui me lie à l'alpinisme.

Après un certain nombre de situations inattendues-et de difficultés qui épiçaient notre ascension-nous avons atteint l'arête de la paroi (l'endroit "où les difficultés s'arrêtent" comme disent beaucoup) et j'ai demandé hésitant à Luka, "est-ce qu'on continue jusqu'au sommet?" J'ai aimé la façon dont il a répondu "oui" avec joie et enthousiasme sincère. Les deux heures de grimpe restantes jusqu'au sommet n'ont été perturbées que quand Luka a réalisé que son appareil photo était cassé-un morceau de glace avait cassé la lentille, comme pour illustrer notre approche consistant à "vivre un moment".
En descendant, Luka regardait à droite un mur bien raide, illuminé par le soleil couchant. "On fait celui là la semaine prochaine?" dit-il spontanément. Comme je répliquais qu'il fallait checker la météo et essayer de réfléchir à l'approche et à la descente, tout en m'entendant parler, je réalisais que le temps ou ma bouche et mes yeux auraient répondu à cette question par un simple "oui" était révolu. Sans regrets mais plutôt avec une pleine conscience de ma joie sincère. Je peux encore être naïf en alpinisme, mais plus comme une jeune vierge. Vieillir ne tue pas la curiosité en moi ; cela rend juste mes émotions plus douces et enrichit le trésor de mes sensations. Les sensations de mes premières années se réveillaient dans les yeux de Luka avec un éclat brillant. Je sais maintenant que le jeu n'a pas de fin... l'émerveillement devient juste plus intense.






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