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Trouver la voie après Maria : Les grimpeurs de Porto Rico face à l’ouragan Maria

Thursday, Fevrier 1, 2018
En septembre 2017, l’ouragan Maria a violemment balayé l’océan Atlantique et frappé Porto Rico de plein fouet. Avec des vents records soufflant à plus de 280 km/h, l’ouragan a ravagé l’île de Porto Rico et creusé un sillage dévastateur. Pour Bryant Huffman, un guide de 39 ans de Cupey à Porto Rico et pour tous les autres survivants portoricains, leur vie a changé à tout jamais. Pourtant, dès le premier jour suivant le passage de l’ouragan, Bryant et ses collègues guides ont compris que la seule façon de s’en sortir étaient de mettre à profit leurs compétences en escalade. Aujourd’hui, ils utilisent leurs cordes et leur matériel non seulement pour ouvrir et grimper de nouvelles voies mais aussi pour aider leur île à sortir de cette catastrophe naturelle. Dans ce film, découvre comment les guides de « Climbing Puerto Rico » font face aux conséquences désastreuses de cet ouragan et parcours les Questions-Réponses ci-dessous avec Bryant.
Video: Encompass Films; Images: Dominic Gill

 


 

Questions-Réponses :

Comment as-tu découvert l’escalade ?

Un ami m’a proposé d’en faire ; c’était en 2004. Il m’a emmené grimper deux fois et m’a donné ma première paire de chaussons. J’ai adoré immédiatement. Mais cet ami a dû déménager à Mexico et je n’ai plus jamais rencontré personne d’autre qui grimpait. Ces chaussons sont restés dans mon placard jusqu’au jour où, en 2008, je suis allé chez un ami et j’ai vu un magazine de grimpe sur la table où on prenait le café. Je l’ai questionné à ce sujet et il m’a répondu qu’il grimpait depuis quatre mois. Je lui ai expliqué que j’avais des chaussons d’escalade. Nous sommes alors allés grimper ensemble et je n’ai jamais arrêté depuis.

Images: Dominic Gill

Qu’est-ce qui t’a plu dans le fait de grimper ?

J’ai toujours aimé le mouvement et la façon dont le corps est stimulé par le mouvement. J’ai fait du surf, de la danse, pratiqué la capoeira, le tai-chi, etc. J’ai aussi toujours aimé la nature et être à l’extérieur. Je suppose que ces activités combinées à un défi personnel et psychologique à relever a fait tilt en moi. L’escalade est en fait ma raison de vivre maintenant, ce qui fait que je me couche tôt le soir, ce qui me pousse à rester en bonne santé et en bonne condition physique, ce que je souhaite partager avec le monde extérieur, cela représente mes objectifs à court et long terme, et ce à quoi je pense EN PERMANENCE. L’escalade est devenue toute ma vie. 

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour créer ta propre compagnie de guides « Climbing Puerto Rico » ?

Lorsque j’ai débuté l’escalade sur l’île, cela m’a semblé absurde que personne ne connaisse ce sport. La communauté de grimpeurs était vraiment réduite à l’époque. Elle comptait peut-être 25 membres actifs il y a une dizaine d’années. Et aussi, au début où je grimpais, on me posait la même question chaque fois que je sortais : « Hé salut, qu’est-ce-que tu fais ? » Je répondais : « Hé, je suis super content parce que je vais grimper. » A mon plus grand étonnement, les gens me répondaient : « Vraiment ?! J’ai toujours voulu essayer l’escalade. » Je suppose que ça confirme l’idée que les gens s’intéressent bien plus à ce sport que ce que je croyais.

Donc « Climbing Puerto Rico » a d’abord démarré en fait par un blog créé pour diffuser des informations et partager des récits d’ascension sur l’île. Puis le blog a évolué en page Facebook et nous avons fini par ouvrir notre compte Instagram. C’est ce qui nous a aidés à faire découvrir le véritable potentiel de l’île au monde entier. Sur la page Facebook, nous avons essayé de communiquer le goût de l’escalade et de faire comprendre que la grimpe était une possibilité ici à Porto Rico. Nous avons commencé à organiser des workshops en échange d’une petite contribution de 5 dollars, juste pour pouvoir nous payer de quoi manger après. Au bout de 10 grosses séances avec plus de 100 personnes, j’ai demandé aux membres de l’équipe s’ils voulaient bien investir pour obtenir leur certification. Cela permettrait à Climbing Puerto Rico de passer à la vitesse supérieure et à ses membres d’essayer de vivre de leur passion. Et c’est ce que nous avons fait.

Les choses avancent doucement. Disons qu’elles avançaient... Nous avons vu le nombre de clients augmenter dès le premier jour d’ouverture... jusqu’au passage de Maria qui a carrément tué le tourisme sur l’île.

A quoi as-tu d’abord pensé lorsque l’ouragan est arrivé ?

« Ok, c’est parti...! » Dès que ça a commencé, je me suis souvenu des ouragans précédents et instantanément j’ai compris que les événements qui allaient se produire étaient une réalité. C’était un mélange de sentiments...entre rester en sécurité sur le moment et devoir faire face à un désastre ensuite. Je me souviens que j’ai consulté le radar de détection la veille de l’ouragan et que j’ai dit à mes amis « Bon, à l’année prochaine si on a de la lumière » et qu’on en a ri.

Quelles ont été les conséquences sur ta vie quotidienne ?

Ma vie a été bouleversée du tout au tout. En un instant il n’y avait plus de communication, plus d’électricité, plus de radio, plus d’internet, plus de nourriture, plus d’essence, etc. Il a fallu lutter au jour le jour et se concentrer sur de petites tâches. Je me suis concentré sur l’aide que je pouvais apporter à ceux qui en avaient besoin, en dégageant les accès et en ouvrant des routes pour garder mon esprit occupé.

La vie de tout le monde était impactée, je dis bien de tout le monde. Il n’y avait pas de différence d’ordre social ou économique, nous étions tous touchés. L’ouragan a frappé en plein milieu de l’île ; partout où on regardait c’était la dévastation.

As-tu pensé que tes compétences en escalade allaient pouvoir aider après la catastrophe ?

Je n’ai pas du tout pensé à ça. Nous devions simplement gérer la situation et le moment présent. Mais dès le premier jour j’ai compris à quel point mes connaissances en escalade étaient utiles après avoir apporté une vieille corde sur place, installé un mouflage et attaché à une camionnette un noeud adapté pour pouvoir dégager les énormes troncs d’arbres de la rue.    

Etais-tu déjà un grimpeur-élagueur confirmé ?

Heureusement Jorge Lassus, mon bras droit en communication pour Climbing Puerto Rico, est un grimpeur-élagueur confirmé et possède sa société de travaux forestiers. Il m’a donc montré comment faire. Le premier projet sur lequel nous avons travaillé : grimper sur des arbres, tous les jours, pendant un mois et demi. Cela m’a aidé à perfectionner mes compétences rapidement.

Le besoin en revenus était et est réel, donc on a carrément sauté sur l’occasion. C’était un sentiment incroyable de partager cette nouvelle expérience d’escalade avec notre équipe de grimpeurs.

Explique-nous quelles nouvelles possibilités d’escalade ont été révélées par l’ouragan Maria ?

Maria nous a fait une immense faveur en nettoyant le secteur d’une falaise que nous avions commencé à nettoyer. Nous pensons que huit nouvelles voies peuvent être ouvertes sur cette partie de falaise. Les caractéristiques et les teintes de la paroi sont magnifiques... Elles vont du tuf gris aux réglettes de couleur rose.

Combien de voies avez-vous réussi à ouvrir là-bas finalement ?

Nous avons déjà ouvert 23 voies dans ce secteur mais environ une quarantaine sur l’ensemble de l’île et nous en avons aussi rééquipé beaucoup. Nous avons également réalisé l’ascension de plus de deux cents blocs et développé les principaux secteurs de blocs. 

La vie a-t-elle finalement repris un cours normal aujourd’hui ? Quel est l’état actuel de Porto Rico ?

Le secteur de San Juan est comme une bulle actuellement. On dirait que tout est redevenu normal. Pourtant, si on s’aventure autour de ce secteur, on peut constater qu’il y a encore de nombreuses villes sans électricité, des hôpitaux et des hôtels encore fermés, des routes toujours effondrées et des quantités de gravas et décombres qui n’ont pas été déblayés. L’aspect positif, l’esprit et l’ambiance que l’on ressent, c’est que tout le monde est plus fort et prêt à se battre désormais. La végétation a également repoussé, encore plus luxuriante, et les plages sont propres à l’heure actuelle. Donc pas de raison de s’inquiéter si vous avez prévu de séjourner sur l’île.

A quoi ressemble ta vie quotidienne aujourd’hui ?

Pour l’instant, je n’ai pas de vie à proprement parler. Je travaille sur un autre projet à l’est de l’île, 12 heures par jour, 6 jours par semaine. Je travaille comme grimpeur élagueur et je dégage tous les accès routiers du territoire, en les protégeant des risques comme des arbres instables. Le côté positif, c’est qu’au moins, je continue de grimper ...

Pour suivre Bryant et son équipe : @ClimbingPR


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