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Lines Upon the Water

Tuesday, Janvier 16, 2018
Pour l’athlète BD Antte Lauhamaa, le ski est une véritable forme d’expression. Depuis son enfance Lauhamaa parcourt en télémark les montagnes de sa Finlande natale. Il a ainsi développé un goût profond pour les espaces sauvages. Et c’est tout naturellement qu’il a été attiré par la Norvège et les lignes vierges des Îles du Nord. Suis Lauhamaa et son équipe pour une session de ski de pente raide sur ces sommets côtiers absolument magiques.
Vidéo de Jaakko Posti

Je me tiens sur le pont du bateau en regardant les montagnes grossir au fur et à mesure que nous approchons de la côte. “Opal”, notre goélette islandaise à deux mâts, fend l’eau paisiblement tandis que l’équipage se prépare à débarquer à proximité du couloir repéré auparavant sur Google Earth. Comme il est impossible d’atteindre cet endroit d’une autre façon, je me sens très privilégié.

Les pics de Kvaenangen

Les Îles du Nord dans le Comté de Finnmark en Norvège présentent un potentiel infini d’aventures à skis. Le plus difficile est d’y accéder : le seul moyen pour s’y rendre est par bateau, et pour naviguer sur l’océan Arctique, il faut un voilier avec un gréement complet. Opal, équipé à la fois d’un moteur électrique et d’un moteur Diesel de secours (sans oublier la possibilité d’utiliser des voiles) est notre solution pour rejoindre ces rives abandonnées.


Image: Mika Merikanto

Nous débutons notre expédition à Lyngen/Lyngseidet. L’objectif est de naviguer vers le nord et de trouver de nouveaux spots à skier – mon rêve allait devenir réalité. J’avais skié dans le secteur de Lyngen depuis 1998 mais je n’avais jamais eu la chance d’aller sur les Îles du Nord regorgeant de montagnes côtières.

Le défi le plus important s’est révélé être la météo. Tout d’abord une tempête d’une grande violence a généré des avalanches, lesquelles ont enseveli trois voitures sur la route principale menant à Tromsö. Après cette tempête, une neige épaisse s’est mise à tomber… Nous nous sommes rabattus sur une sortie ski dans une poudreuse profonde jusqu’à la taille au milieu d’une forêt de bouleaux à Kåfjord parce qu’il était impossible de faire autre chose ! Les couloirs non tracés n’attendaient que nous… Malheureusement, on aurait dit qu’ils allaient devoir encore attendre une année, voire plus.


Image: Mika Merikanto

Quand la météo s’en mêle

Quand on planifie une expé, on espère toujours que la météo sera clémente et que le temps sera sec mais récemment il est devenu évident qu’il n’existe aucun moyen de prévision fiable. D’autant que je me souvienne, il y a eu plus d’orages en un seul hiver sur la calotte polaire Nord. Janvier a été particulièrement chaud, avec des températures variant entre +5 et -30 degrés Celsius. De mon point de vue, tout prouve que le climat change vite. Le bulletin météo nous donne le feu vert pour le reste de la semaine mais nous savons que nous allons être confrontés à une neige potentiellement instable dans un secteur où aucun d’entre nous n’est encore jamais allé.

Traversée d’un village endormi


Image: Mika Merikanto

Après une escale à Skjervöy, nous naviguons vers l’Est en direction du petit village de Reinfjord. Huit personnes vivent là et le seul accès public s’effectue par hors-bord une fois par semaine depuis Skjervöy. Après avoir amarré notre bateau au vieux port autrefois utilisé pour les bateaux de pêche, nous chaussons nos skis. Les rues sont très enneigées et il n’y a aucune trace. Les maisons semblent vides mais alors que nous skions sur la route principale du village, un vieux couple nous salue du haut de son balcon. Ils nous affirment qu’il n’y a pas eu de circulation depuis deux semaines dans le village et que la météo a été si mauvaise que le hors-bord n’a pas pu faire la navette vendredi dernier.


Image: Mika Merikanto

Lorsque les conditions sont compliquées, c’est appréciable de choisir un endroit avec autant d’options que possible. Voilà pourquoi nous avons choisi Reinfjord. Dès que nous avons vu cet endroit magnifique, nous avons compris que notre choix était judicieux — il était possible de skier ici pendant des semaines sans entamer la même pente. Nous avons décidé de faire l’ascension de Boazovuoncahca — un sommet facile au sud du village — pour nous familiariser avec les conditions neigeuses. Une fois atteint le sommet, le ciel s’est finalement dégagé et nous avons pu admirer les environs. En arrivant par bateau, nous avions repéré des couloirs sur le flanc ouest de la montagne jusqu’à la rive et nous avons décidé de vérifier à quoi ces couloirs ressemblaient vus d’en haut. Après une évaluation attentive à l’aide d’une corde, il nous semble qu’un des couloirs principaux est skiable, et nous décidons donc de le tenter.


Image: Mika Merikanto

Le couloir skiable présente environ 500 mètres de descente raide, verticale. Nous arborons de larges sourires sur nos visages en revenant vers la rive. Le soleil brille lorsque nous atteignons le bateau avec en tête l’idée de notre sortie du lendemain. Nous voulons vérifier les conditions du terrain au-delà de la pointe du fjord à Jökelfjord et nous naviguons allègrement durant la soirée jusqu’à ce nouvel objectif.

« Seize the day »

Le jour suivant apporte encore une preuve que cette météo difficile à prévoir. Le vent d’est souffle et il neige abondamment. Nous sommes amarrés au vieux port de Jökelfjord — à environ deux heures de bateau de Reinfjord. Ne pouvant clairement pas skier ce jour-là, nous passons la journée à observer des avalanches de l’autre côté du fjord.


Image: Mikko Lampinen

Nous étions passés devant ce splendide couloir sur le chemin entre Aibmadasgaisa et Jökelfjord. Je m’étais déjà intéressé de près à ce couloir sur Google Earth durant la préparation de notre voyage. Nous décidons de le skier le lendemain. C’était plutôt discutable au vu des conditions existantes mais on aurait dit qu’il avait été protégé des vents ayant soufflé ces derniers temps. Le matin suivant, nous déchargeons notre matériel sur la rive au moyen d’un canot pneumatique.


Image: Mika Merikanto

Les risques encourus sont raisonnables et il est facile d’approcher le couloir d’en bas. Nous analysons le manteau neigeux au cours de l’ascension et avons la confirmation qu’il n’a pas été déstabilisé par le vent. En fait nous avons même droit à une excellente session de poudreuse une fois passé le goulet en glace sur la partie supérieure. C’est la plus belle descente à ski de ma vie ! Le bateau nous attend un peu plus bas tandis que nous traçons des courbes au soleil couchant. Étant donné la difficulté d’accès, il n’est pas exagéré de dire que cette sublime descente est probablement une première. Nous profitons de cette occasion privilégiée pour appeler cette ligne “Opal” en référence au fier voilier de bois qui nous a acheminés jusqu’à ce couloir.


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Un grand merci à North Sailing Norway et Backcountry Guiding qui ont rendu cette aventure possible.

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