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En train puis à ski —Tobin Seagel et Giulia Monego explorent le secteur deVatnahalsen, en Norvège

Monday, Janvier 20, 2020
Mettez vos pieds dans les traces des athlètes BD Tobin Seagel et Giulia Monego et découvrez comment un voyage en train électrique en Norvège peut révéler un vaste terrain de jeu pour le ski de randonnée.
Vidéo: Steller Sight and Sound Photo: Mattias Fredriksson

 

À Vatnahalsen, les gaufres sont une vraie révélation.

Petter Andresen, un mordu de ski à l’esprit d’entreprise, doué pour créer du neuf à partir de l’ancien, vend des gaufres fraîches dans son bar à gaufres installé dans le salon de son hôtel au style années 1930. « Les skieurs ont les gaufres et le café offerts. Même si la journée a été mauvaise, il faut toujours s’attendre à quelque chose de bien ! » ajoute le propriétaire et hôte avec un sourire en coin.

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Je viens juste d’arriver à Vatnahalsen, un coin reculé de Norvège avec un hôtel comme unique point de repère, en quelques heures de train électrique depuis Bergen. Je suis accompagné de Giulia Monego, guide et skieuse professionnelle d’origine italienne basée à Chamonix et de Mattias Frederikson, le célèbre et talentueux photographe canado-suédois. Des trains arrivent tous les jours à la gare de Myrdal en provenance d’Oslo et Bergen, où les passagers ont la correspondance avec la ligne locale Flåm qui descend de la montagne sur près de 1000 mètres à 5,6 % (quasiment la plus raide du monde !) jusqu’au village de Flåm à l’extrémité intérieure du Aurlandsfjorden, un bras du Sognefjorden. Si la construction de la ligne a effectivement démarré en 1924, il faudra attendre seize ans pour voir achevée la vingtaine de tunnels creusés à la main, reportant l’ouverture de la voie ferrée à 1940. Une voie qui est entièrement électrique depuis 1944. Bien qu’ouverte initialement pour faciliter les échanges commerciaux entre la Norvège et le reste de l’Europe, cette ligne ferroviaire est l’une des attractions touristiques les plus prisées en Norvège durant les mois d’été. Sa popularité pourrait bien connaître une hausse durant la saison d’hiver lorsque les skieurs auront découvert que ce train est une porte ouverte sur un terrain de jeu sans bornes et un hôtel incroyablement chaleureux.

Vêtu d’un sweat rouge confortable, d’un vieux jean Levis 513 et chaussé de sneakers New Balance, Petter nous accueille à la gare de Vatnahalsen (notre arrêt sur la ligne de Flåm) avec la courtoisie d’un guide chevronné laissant immanquablement transparaître une âme chaleureuse et authentique. Il est accompagné de son chien Viggo, un border collie croisé springer spaniel de treize ans qui en parait trois qui ne nous quittera que rarement durant notre séjour. Nous déchargeons nos ski bags du train et Petter les place dans un traîneau tracté par une vieille motoneige. Nous atteignons l’hôtel installé sur une petite colline, un bâtiment de cette couleur rouge si caractéristique des brochures touristiques. Un hôtel fondé sur... la gaufre.

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Autour de l’hôtel, les montagnes se dressent sur plusieurs centaines de mètres dans toutes les directions, grandes masses aux courbes arrondies et travaillées comme une série de vases renversés. Plus le regard s’attarde, plus les lignes de ski se dégagent partout du paysage : les couloirs, les possibilités de freeride, les belles pentes raides ou douces. C’est un paradis du freeride et du backcountry, comme un croisement entre Riksgrassen et Whistler. En dessous, une longue vallée serpente sur 20 km jusqu’à Sogne Fjord, avec la voie ferroviaire creusée de manière improbable dans ses falaises abruptes. Il est difficile de comprendre comment ce secteur a pu être négligé par les skieurs jusqu’en 2015. C’est à cette date que Petter, ayant récemment déménagé dans le coin pour cultiver des framboises, décide, avec un copain, de s’y intéresser.

« Je connaissais la ligne Flåmsbanan. Et il y a longtemps j’étais passé ici en train entre Oslo et Bergen, par Myrdal, en me disant que « peut-être on pouvait skier par ici. » Puis lorsque j’ai déménagé à Lærdal, un ami m’a demandé si c’était possible de monter par la Flåmsbanan et de skier là. Nous avons regardé quelques cartes. Nous sommes donc allés tester le secteur avec des amis. Je n’avais jamais pris Ia ligne Flåmsbanen auparavant. C’était en 2015, une très bonne année à neige. Ça s’est parfaitement bien passé ! » Les yeux de Petter s’illuminent, il lève ses mains d’un geste exubérant alors qu’il décrit ses premières descentes à ski à Vatnahalsen. « Oh f**k, c’était tellement magnifique ! » ajoute-t-il d'un air radieux.

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« Je connaissais déjà l’hôtel mais je n’y avais jamais séjourné. Au bout du premier jour, j’ai appelé les propriétaires en leur demandant s’ils pouvaient venir le week-end suivant. Une petite rencontre a été organisée et après le dîner, je me souviens que j’ai dit « Je n’achèterai jamais d’hôtel mais si j’en achetais un, ce serait celui-ci. »

Il convient de dire que le chemin qui mène à l’acquisition d’un des hôtels les plus uniques au monde est pavé d’un heureux hasard et d’un peu de magie. Né à Oslo, Norvège, Petter a appris le ski dès son plus jeune âge et n’a cessé de se passionner pour ce sport depuis. Une passion qui lui sert de boussole. Bien qu’on puisse décrire sa vie comme celle d’un entrepreneur, l’homme est atypique dans le sens où pour lui, ce n’est pas une question d’argent. Il s’est impliqué dans différents projets par passion et à présent, avec cet hôtel, il revient aux sources, avec son amour pour le ski.

« Si tu ne penses qu’à gagner de l’argent, tu ne réussis pas. Pour moi il s’agit de rendre les gens heureux et de passer de bons moments. » déclare Petter.

« Personne n’a compris la beauté et le potentiel du ski dans ce secteur. Les propriétaires de l’hôtel n’étaient pas des skieurs, analyse Petter.

« J’avais envie de me lancer dans le tourisme. On pouvait voir que c’était un secteur insuffisamment développé - Comment allais-je pouvoir le rendre plus accessible aux autres skieurs ? … sans penser que j’allais devenir propriétaire d’un hôtel. J’ai continué à faire venir plus d’amis les week-ends et une petite communauté s’est formée à Vatnahalsen. À l’automne 2015, j’ai reçu un appel d’un courtier immobilier. La famille propriétaire Aksnes avait géré l’hôtel pendant près de 40 ans, un hôtel familial à l’ancienne. Ils faisaient tout eux-mêmes. Les hivers étaient quasiment sans client mais les étés très fréquentés. Ils gagnaient de l’argent l’été et perdaient presque tout cet argent l’hiver. Ils ont décidé qu’ils voulaient vendre, et j’ai eu la chance de l’acheter ».

Avec son père, son frère et quelques amis investisseurs, Petter est tout d’un coup devenu propriétaire de l’hôtel. Juste comme ça.


À Vatnahalsen, on ne fait pas seulement du ski, on fait une expérience totale. Qu’il s’agisse de se relaxer dans le salon principal avec des amis et les autres visiteurs, de savourer les gaufres maison après une sortie de ski et de partager une bière le soir en bonne compagnie, l’atmosphère est conviviale et authentique - c’est comme séjourner chez un ami. Le personnel est joyeux et donne le sourire aux convives. J’entends encore le rire réjouissant du barman à chaque fois qu’il parlait avec un invité. On ne peut pas faire semblant d’être sincère ni s’entraîner à l’être. Soit on l’est soit on ne l’est pas. Et Vatnahalsen regorge d’exemples. C’est une vie simple, dénuée d’artifices, mais l’excellente nourriture, souvent d’origine locale, servie à table en même temps pour tous les convives comme lors d’un repas de famille, donne un sentiment plus riche que n’importe quel établissement 5 étoiles. Vatnahalsen te procure tout le nécessaire ; ni plus ni moins. Pas de chambres business. La vraie valeur des choses. Tout simplement.

Giulia Monego résume ainsi l’atmosphère du lieu : « Il n’existe pas d’autre restaurant ou de bar, tout se passe à l’hôtel, dans l’isolement et l’intimité. Les gens sympathisent et se détendent. On se fait facilement de nouveaux amis, un peu comme autrefois. On est très déconnectés et il ne s’agit pas d’être cool ou de parler d’exploits. Personne ne parle de son dénivelé ou de la qualité de ses descentes à ski. Il s’agit seulement de passer un bon moment et d’apprécier la nature. »

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Alors que le secteur du ski se regroupe pour former des entités plus grandes proposant une expérience uniformisée, que les changements climatiques nous interpellent sur notre façon d’approcher les grands espaces naturels, que nos vies sont toujours plus influencées par nos smartphones, il peut être facile de perdre de vue les expériences et les connexions simples qui initialement nous incitent à venir en montagne. Certains cherchent davantage que ce qui est proposé par les méga-stations ou par les lodges 5 étoiles avec héliportage, ou encore les nouveaux modèles d’activités de moindre impact. Ce modeste hôtel norvégien, qui se distingue par un fort ancrage dans le passé, représente peut-être le futur du ski de randonnée. Il offre une expérience plus lente, plus authentique ; c’est rare aujourd’hui. Et même si on ne ressent pas le besoin de cette connexion, le ski y est sacrément bon, et les gaufres toujours délicieuses.

--Tobin Seagel, athlète BD


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